INTERVIEW – PROFESSEUR TERESA RAVIZZA
1. Pouvez-vous vous présenter et expliquer ce qui vous a conduite à travailler sur le lien entre microbiote intestinal, inflammation et NORSE ?
Je suis chercheuse en neuropharmacologie et je travaille depuis plus de 20 ans sur les mécanismes de l’épilepsie, en particulier sur le rôle de l’inflammation dans le déclenchement et la répétition des crises.
Au fil de mes travaux, nous avons compris que le cerveau ne fonctionne pas de manière isolée, mais en interaction constante avec le reste du corps. Cela nous a amenés à nous intéresser à l’axe intestin-cerveau, et notamment au rôle des bactéries intestinales dans certaines formes sévères d’épilepsie comme le NORSE.
Aujourd’hui, mes recherches visent à mieux comprendre comment des déséquilibres du microbiote intestinal peuvent influencer le fonctionnement du cerveau et contribuer à l’apparition ou à l’aggravation des crises.
2. Comment avez-vous identifié le rôle du microbiote intestinal dans votre modèle de NORSE, et qu’avez-vous observé ?
Nous utilisons un modèle expérimental chez la souris qui reproduit certaines caractéristiques du NORSE. Chez ces animaux, nous observons une inflammation importante dans le cerveau ainsi que des crises sévères et difficiles à traiter.
En étudiant plus largement l’organisme, nous avons constaté que l’intestin était également perturbé : sa paroi devenait plus perméable et son fonctionnement altéré. Nous avons aussi observé un déséquilibre des bactéries intestinales, avec notamment une diminution de celles qui produisent des molécules bénéfiques pour l’organisme.
Certaines de ces molécules peuvent agir directement sur le cerveau et jouer un rôle dans l’inflammation et l’activité des neurones. À partir de ce constat, nous avons fait l’hypothèse que restaurer cet équilibre pourrait améliorer l’évolution de la maladie.
Dans le cadre d’un projet soutenu par la FFRE et l’association Paratonnerre, nous avons donc testé une approche consistant à augmenter ces molécules chez la souris afin d’en évaluer les effets sur les crises, les fonctions cognitives et l’état du cerveau et de l’intestin.
3. Avez-vous obtenu des premiers résultats depuis le lancement du projet ?
Oui. Nous avons observé que cette approche permettait de réduire la sévérité de la maladie chez les souris. Le nombre et l’organisation des crises étaient améliorés, les troubles cognitifs diminués, et certaines altérations observées dans le cerveau et l’intestin étaient partiellement corrigées.
Ces résultats suggèrent qu’agir sur le microbiote intestinal pourrait représenter une piste thérapeutique intéressante pour modifier l’évolution du NORSE.
4. Travaillez-vous avec d’autres équipes à l’international sur ces sujets ?
Le projet est mené au sein de notre laboratoire à l’Institut Mario Negri à Milan, où nous disposons des équipements nécessaires pour conduire ces recherches.
Ce financement nous a également permis de développer des échanges avec des cliniciens aux États-Unis qui travaillent sur le microbiote intestinal chez des patients atteints de NORSE. Ces collaborations nous permettent de confronter nos résultats expérimentaux à la réalité clinique et d’explorer de nouvelles pistes de recherche.
5. Quel rôle ont joué la FFRE et l’association Paratonnerre dans ce projet ?
La FFRE a joué un rôle important dans la sélection et l’encadrement scientifique du projet, en veillant à sa pertinence pour les patients et leurs familles.
Le soutien financier de l’association Paratonnerre a été déterminant. Sans ce financement, ce travail n’aurait pas pu être réalisé. L’engagement conjoint de ces deux acteurs permet de faire avancer la recherche sur des maladies rares comme le NORSE et d’ouvrir des perspectives concrètes pour les patients.
